Gaudentia est sûrement l’opposée de l’idée que l’on pourrait se faire d’un distillateur suisse clandestin. En effet, premièrement c’est une femme et deuxièmement elle est très jeune. Elle en sait cependant tout autant sur l’absinthe et sa distillation qu’un distillateur clandestin chevronné du Val-de-Travers. Gaudentia nous raconte que, pour elle, cette tradition de distiller de l’absinthe remonte jusqu’aux années 1850, si l’on regarde du côté de la famille de Jean Michel, son mari. Jusqu’en 1969, sa grand-mère distillait encore de l’absinthe clandestinement chez elle, jusqu’au jour où elle fut appréhendée par les autorités.

La salle d’accueil des visiteurs fait partie intégrante de la distillerie
Après s’être vu infliger une lourde amende, la grand-mère de Jean Michel cessa la production d’absinthe. Cette tradition de l’absinthe s’éteignit alors dans la famille, jusqu’au jour où Gaudentia et son mari décidèrent de relancer la distillation en suivant les recettes de sa grand-mère. Gaudentia est fière de sa petite distillerie, et annonce déjà des développements futurs notamment avec le déménagement vers un local plus spacieux dans le courant de l’année prochaine. Les photos que nous vous montrons ici ont été prises dans l’ancienne distillerie.
Processus de distillation de l’absinthe chez Gaudentia Persoz
Gaudentia a commencé la distillation avec une recette datant de 1898 qui repose sur une base de douze plantes et un alambic acheté en même temps que leur maison à Couvet.
Absinthes.com : Quelle a été ta toute première rencontre avec l’absinthe ?
Gaudentia : D’origine Suisse Allemande, je suis venue en 1984 apprendre le Français dans un restaurant du Val-de-Travers afin d’effectuer par la suite une école hôtelière à Luzerne. Comme l’absinthe était interdite, la patronne en servait à des clients qu’elle connaissait, et c’est à ce moment que j’ai découvert l’absinthe.
Absinthes.com : Quelle est selon toi la définition d’une bonne absinthe et quels sont les 3 critères primordiaux pour une distillerie comme la tienne pour produire une absinthe de qualité ?
Gaudentia : Pour moi, une bonne absinthe doit être anisée avec plus ou moins d’amertume que la plante d’absinthe va amener, il faut que l’absinthe soit ronde en bouche, qu’il n’y ai pas de dominance de certaines plantes et qu’elle soit comme les bons vins longue en bouche. Je pense déjà que faire un produit de façon artisanale dans des alambics de petite quantité est déjà un signe de qualité. La sélection des plantes est primordiale. La passion de travailler les plantes et de distiller. Une touche féminine dans ce travail.
Absinthes.com : Penses-tu qu’il faille fermer le marché français, ou même européen, aux seules absinthes distillées avec des plantes naturelles, ou qu’au contraire les absinthes macérées ou à base d’essences de plantes ont elles aussi le droit d’exister et de s’appeler « Absinthe » ?
Gaudentia : Fermer le marché français en aucun cas, la France a un passé historique avec l’absinthe et son développement, par contre, je suis totalement contre des produits qui ne sont pas distillés dans les règles de l’art.
Absinthes.com : Comment vois-tu l’avenir et la popularisation de l’absinthe dans les prochaines années ou décennies ? Redeviendra-t-elle un jour un des apéritifs les plus consommés comme c’était le cas en France au siècle dernier ?
Gaudentia : Je pense qu’ il y a un immense travail a faire pour le développement et la commercialisation de l’absinthe, c’est un produit naturel qui a sa place dans le monde, mais il y a encore un énorme travail a faire vis-à-vis de tous les clichés et le mal qu’on a dit sur l’absinthe à l’époque pour la faire interdire. L’absinthe est un magnifique produit naturel qu’il faut boire avec modération en apéritif comme on boit un bon vin. Moi je dis toujours, je ne bois pas l’absinthe mais je déguste l’absinthe.
Je ne pense pas que l’absinthe va se consommer comme à l’époque ou l’absinthe était très bon marché et souvent de piètre qualité, et on a aucun avantage à se que les gens en abusent comme à l’époque.
Absinthes.com : N’as-tu pas peur d’une nouvelle interdiction si les consommateurs, et notamment les jeunes, prennent l’habitude de consommer l’absinthe comme de la vodka ou du whisky ? Internet fourmille de vidéos montrant des jeunes consommant de l’absinthe en shots ou flambée alors que l’
absinthe est un alcool qui est parfois à plus de 70°.
Gaudentia : Pour ce qui est des bonnes absinthes, je ne pense pas, l’absinthe n’est pas bon marché et donc pas avantageuse pour les jeunes, pour ce qui est en tout cas de mes produits, c’est plutôt destiné à des connaisseurs qui apprécient l’absinthe comme on apprécie un bon vin.
Absinthes.com : Dernière question, plus personnelle : as-tu déjà rencontré la fameuse Fée Verte ? Ou plus généralement : as-tu déjà constaté des effets secondaires, qu’ils soient maléfiques ou bénéfiques, après une consommation d’absinthe ? Certains parlent de vision accrue, de clairvoyance ou encore d’amélioration de l’intellect qui aurait quelque peu aidé les artistes et écrivains du 19ème. Mythe ou réalité ?
Gaudentia : Ah Ah, oui, la Fée verte c’est moi, vous m’avez vu en photo? Cette question est délicate et je laisse le soin aux gens de découvrir ses effets. L’absinthe si on en abuse peut rendre amoureux ou fou, ou fou amoureux.