
Félicien Rops dessina « La Buveuse d’Absinthe » en 1865 à l’âge de 32ans. Le tableau représente une femme mince, appuyée contre une colonne devant un dancing. Son décolleté plongeant et sa robe fine montrent qu’elle appartient au monde de la nuit. Son attitude insouciante associée à son regard absent, sa bouche légèrement ouverte et son expression hagarde suggèrent qu’il s’agit d’une prostituée. Elle est par la suite devenue l’archétype des femmes buvant de l’absinthe.
Joris-Karl Huysmans, auteur de À Rebours, a souvent dit que la buveuse d’absinthe de Rops est la plus haute expression de son esprit décadent: Monsieur Rops a créé une femme de laquelle nous pouvons continuellement rêver et se référer. La buveuse d’absinthe, qui est représentée comme brutale et affamée, sera toujours plus menaçante et gloutonne. Avec ses yeux limpides, son apparence aussi fixe et cruelle que celle d’une lesbienne, son nez court et régulier, son « poison vert » dissimulé, la femme appuie son corps épuisé sur le cadre de la porte.
En exposant ses buveurs d’absinthe à l’Exposition Internationale des Beaux Arts de sa ville natale, en Belgique, Rops s’est senti « méprisé »: le tableau indigna les critiques et les établissements civiques locaux prononcèrent la condamnation officielle de l’artiste, qui, loin de consacrer son talent à la copie de grandioses et magnifiques peintures, prostitua son crayon à la reproduction de scènes au réalisme repoussant.
C’est avec une joie non dissimulée que Rops décrivit à son ami Jean d’Ardenne combien sa Buveuse d’Absinthe avait retourné les têtes des bourgeois campagnards.
La version originale fait approximativement une taille A4.

