Les portraits que le célèbre photographe parisien Paul Marsan Dornac collectionna et publia sous le nom Les Contemporains Chez Eux présentent des figures notables de Paris dans leur cabinet de travail privé et entourés par des œuvres, des livres et des outils. Exceptionnellement, cette photographie de 1896 du grand poète et absintheur invétéré, Paul Verlaine, montre une image de lui mélancolique dans la dernière année de sa vie avec son omniprésent verre d’absinthe. Le café est supposé être le Café François Ier, bien qu’il puisse aussi s’agir du Café Procope, qui possède de nos jours des banquettes en cuir similaires.
Alcoolique une grande partie de sa vie, Verlaine était un amateur notoire d’absinthe. Son enfance fut pour le moins ordinaire: sa mère conservait dans des bocaux dans le garde-manger, les fœtus des ses trois précédentes fausses couches. Un jour, Verlaine attaqua sa mère et, ivre d’absinthe, détruisit ces bocaux. Il commença à boire lorsqu’il était adolescent et était déjà alcoolique lorsqu’il découvrit l’absinthe. Sa relation tempétueuse avec Rimbaud aggrava son alcoolisme et son instabilité mentale et eu pour résultat une condamnation à cinq ans de prison pour tentative d’assassinat. En prison, il renonça à l’absinthe. Les années suivant sa libération, il ne buvait que de la bière et travaillait sans relâche à sa poésie. Cependant, vers les années 1890 il retomba lourdement dans l’alcool et devint la figure pathétique et bien connue du Quartier Latin, toujours assis dans un coin du Café François Ier du Boulevard Saint-Michel ou à La Procope, enchainant absinthe après absinthe. L’effet désastreux que la boisson avait sur lui est clairement visible sur cette photographie. Verlaine passa les dernières années de sa vie entre les hôpitaux et autres institutions de santé où il fut soigné pour plusieurs maladies dont une cirrhose du foie, une pneumonie, des rhumatismes et la syphilis. Lors de sa dernière hospitalisation, les infirmières avaient pour habitude de fermer les yeux sur les petites bouteilles d’absinthe que ses amis cachaient dans son oreiller. Elles savaient qu’il était déjà trop faible pour que de tels petits plaisirs changent quelque chose. Verlaine mourut en 1896, buvant jusqu’à la fin, même si il avait regretté sa dépendance à l’absinthe dans ses Confessions, publiées un an plus tôt: »Je le répète en toute vergogne, j’aurai plus tard à raconter bien d’autres et de biens autres absurdités (et pis), dues à cet abus lui-même, source de folie et de crime, d’idioties et de honte, que les gouvernements devraient sinon supprimer (et au fond pourquoi pas ?) du moins terriblement taxer et imposer: L’absinthe! »
Plus de citations de Verlaine:
« Prends l’éloquence et tors lui son cou! »
« Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches. Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous. »
« Je suis l’empire à la fin de la décadence. »